El Derecho Humano: orden masónica mixta internacional
Le Droit Humain —officiellement dénommé «Ordre international de la franc-maçonnerie pour hommes et femmes»— est un ordre maçonnique international de caractère mixte, fondé à Paris en 1893, dont l’appartenance est ouverte aux hommes et aux femmes dans des conditions d’égalité, sans distinction de nationalité, de religion ou d’ethnie. Cette pratique, connue sous le nom de «Co-Freemasonry» ou franc-maçonnerie mixte, constitue l’un des courants les plus répandus au sein de la franc-maçonnerie contemporaine en raison de sa défense explicite de l’égalité des genres au sein de la tradition initiatique.
Histoire fondatrice
L’ordre a été fondé à Paris (France) en 1893 par Georges Martin et Maria Deraismes. Les deux cofondateurs ont impulsé la création d’une franc-maçonnerie qui surmonte l’exclusion historique des femmes des ateliers maçonniques, tout en maintenant les enseignements et les traditions anciennes de la franc-maçonnerie. La date exacte de l’acte fondateur, selon la documentation conservée dans l’histoire de la Fédération britannique, fut le 4 avril 1893.
L’initiative de Martin et Deraismes s’inscrivit dans le débat plus large sur le rôle de la femme dans les sociétés initiatiques et dans la vie publique européenne de la fin du XIXe siècle. La création du Droit Humain représenta une synthèse entre la tradition maçonnique héritée et les idéaux d’égalité et de fraternité caractéristiques de la pensée progressiste de l’époque. L’ordre se constitua ainsi comme une alternative tant aux obédiences maçonniques exclusivement masculines qu’aux organisations féminines alors existantes.
Principes et objectifs
Le Droit Humain repose sur les enseignements et les traditions anciennes de la franc-maçonnerie et utilise le rituel et le symbolisme maçonnique dans la recherche de la vérité. Ses objectifs s’articulent sur deux plans complémentaires : individuel et collectif.
Au niveau individuel, l’ordre cherche à «promouvoir le progrès de la valeur individuelle, sans imposition de dogmes, ni exigence d’abandon des idées culturelles ou religieuses». Ce principe implique un respect profond pour la liberté de conscience de chaque membre, ainsi que pour son bagage culturel et religieux préalable. Aucune adhésion à un credo quelconque ni aucun abandon de ses propres convictions ne sont requis pour faire partie de l’ordre.
Au niveau collectif, l’ordre prétend «unir les hommes et les femmes qui coïncident dans une spiritualité humaniste, en respectant les différences individuelles et culturelles». Cette spiritualité humaniste se distingue des confessions religieuses traditionnelles par son caractère non dogmatique et par son accent mis sur la fraternité universelle comme valeur centrale. La diversité culturelle et religieuse de ses membres est considérée comme un enrichissement, non comme un obstacle, pour la convivialité maçonnique.
Structure organisationnelle
Contrairement à d’autres organisations maçonniques limitées à des juridictions nationales, le Droit Humain se conçoit comme une fraternité globale. L’ordre compte de multiples Fédérations et Juridictions dans le monde entier, chacune travaillant au Rite écossais du 1er au 33e degré. Cette structure de degrés, caractéristique du Rite écossais ancien et accepté, est mise en œuvre de manière uniforme dans toutes les fédérations.
L’administration centrale de l’ordre revient au Suprême Conseil, dont le siège est à Paris. Dans le cadre de la Constitution internationale, les Fédérations membres jouissent de la liberté d’autogouvernement, ce qui leur permet d’adapter leur fonctionnement aux particularités légales et culturelles de leurs pays respectifs, sans préjudice de l’unité doctrinale et rituelle de l’ordre.
Quant à son étendue, le Droit Humain compte environ 34 000 membres dans plus de 70 pays, répartis sur tous les continents habités. Cette présence mondiale en fait l’une des organisations maçonniques mixtes les plus répandues du monde.
Fédérations remarquables
Fédération belge
La Fédération belge du Droit Humain se définit comme une coupole de loges maçonniques accessible aux hommes et aux femmes, travaillant les 33 degrés symboliques de la franc-maçonnerie. La première loge belge de l’ordre fut fondée en 1912, s’intégrant ainsi dans le développement international de la franc-maçonnerie mixte en Europe.
Fédération britannique
La Fédération britannique joue un rôle particulier dans l’histoire de l’ordre, car son établissement a officialisé le caractère international du Droit Humain. Le 26 septembre 1902, la loge «Human Duty No. 6» fut consacrée à Londres, acte qui marqua le début de ce qui deviendrait ultérieurement la Fédération britannique.
Les trois figures les plus citées dans l’histoire de cette fédération sont Annie Besant, Maria Deraismes et Georges Martin. En 1902, Annie Besant fut initiée à Paris et, avec d’autres membres, fonda la loge «Human Duty No. 6». À cette époque, la Fédération britannique était connue sous le nom de «The Order of Universal Co-Freemasonry in Great Britain and the British Dependencies». Besant fut installée comme premier «Right Worshipful Master» de la loge.
Dans son discours inaugural, Besant prononça des paroles qui sont restées comme témoignage de l’esprit de l’ordre : «S’il est vrai que ce sont les Anglais qui ont porté la franc-maçonnerie en France, alors ce sont les Français qui aujourd’hui la rapportent régénérée en Angleterre, complétée et renforcée par l’admission des femmes dans la Loge aux côtés des hommes. Je salue ce beau jour qui affirme, après près de deux siècles, et encore plus fortement, la nécessité pressante de fraternité humaine».
Le développement de la Fédération britannique fut lent, car ses fondateurs étaient novices en franc-maçonnerie. Selon la tradition écossaise, les insignes originaux étaient verts, comme on peut l’observer au siège actuel de la fédération. En 1912, les insignes furent changés aux couleurs officielles de l’ordre : rubis et saphir.
Le rituel initial fut une traduction du rituel français qui initia les fondateurs. Par la suite, des copies du rituel standard écossais, éditées à la main, furent utilisées. La première itération du rituel propre fut le «Dharma Ritual», créé vers 1904, qui combinait les traditions française et écossaise avec des influences théosophiques de Besant, incluant ses «Mystic Charges». Ce rituel évolua jusqu’à devenir le «Lauderdale Ritual», employé dans la plupart des loges de métier de la Fédération.
Quant à ses sièges, la première loge se réunissait au numéro 24 d’Albemarle Street, à Londres. En 1936, en raison de la croissance de la Fédération, le siège fut déplacé au 10 Ladbroke Terrace, à Londres. Enfin, en 1992, le siège fut déplacé à son adresse actuelle : Hexagon House, 37-39 Surbiton Hill Road, Surrey.
Scissions et organisations dérivées
L’histoire de la Fédération britannique comprend plusieurs scissions qui reflètent les tensions internes de l’ordre dans ses premières décennies. La première scission fut l’«Honorable Fraternity of Antient Masonry», formée le 20 juin 1908, aujourd’hui connue sous le nom d’«Order of Women Freemasons». La cause de cette séparation fut la préoccupation concernant l’influence excessive du siège de Paris sur la Fédération britannique. Initialement mixte, depuis les années 1920, cette organisation n’admet que des femmes.
En 1913, en raison de litiges sur le degré Royal Arch, «The Honourable Fraternity of Ancient Freemasons» fut formée, qui fut exclusivement féminine dès son début.
En 1925, Aimee Bothwell Gosse se sépara de la Fédération britannique pour fonder l’«Order of Ancient Free and Accepted Masonry for Men and Women», citant comme motif l’influence théosophique excessive sous Annie Besant, qui était présidente de la Société théosophique. Bothwell Gosse avait été membre de cette société, mais l’avait quittée en 1924. Aucune trace de cet ordre ne subsiste, ni aucune mention de sa date officielle de dissolution.
Situation actuelle
Le Droit Humain se présente aujourd’hui comme un ordre maçonnique international avec une présence sur tous les continents, maintenant son engagement fondateur en faveur de l’égalité des genres et de la fraternité universelle. Ses environ 34 000 membres, répartis dans plus de 70 pays, travaillent sous l’autorité du Suprême Conseil de Paris, dans le cadre du Rite écossais et avec une pleine autonomie des fédérations nationales.
L’ordre constitue l’une des organisations maçonniques mixtes les plus répandues du monde, avec plus d’un siècle d’histoire ininterrompue depuis sa fondation en 1893. Son existence a influencé le débat sur la participation féminine dans la franc-maçonnerie et a donné lieu à diverses organisations dérivées, tant mixtes qu’exclusivement féminines, qui ont élargi le paysage de la franc-maçonnerie contemporaine.
Sources
- Le Droit Humain — Wikipédia. https://en.wikipedia.org/wiki/Le_Droit_Humain