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Grand Orient d'Italie

Redacción Cámara de Maestro · 29 juillet 2026

Le Grand Orient d’Italie (Grande Oriente d’Italia, GOI) est la plus ancienne obédience maçonnique d’Italie, constituée en tant qu’institution regroupant et coordonnant des loges maçonniques sur le territoire national. Ayant son siège actuel à la Villa «Il Vascello» du Janicule, à Rome, le GOI comptait en 2018 plus de 23 000 membres répartis dans plus de 860 loges, avec un âge moyen d’environ quarante ans. Son histoire, qui s’étend sur plus de deux siècles, est entrelacée avec les processus d’unification nationale, les tensions entre l’État et l’Église catholique, et les controverses politiques qui ont marqué la vie publique italienne.

Origine et fondation

La fondation du Grand Orient d’Italie remonte à 1805, dans le contexte de la domination napoléonienne de la péninsule italienne. Après la conquête de l’Italie par Napoléon Bonaparte, cette première obédience maçonnique fut établie, mais elle connut un déclin après la chute de l’Empire napoléonien. La renaissance du GOI eut lieu en 1859, à partir de la loge «Ausonia» de Turin, dans le cadre du Risorgimento, le mouvement d’unification italienne. Cette période fut marquée par la participation de figures éminentes du processus unitaire : en 1864, Giuseppe Garibaldi fut nommé «premier maçon d’Italie à vie», liant symboliquement l’institution à la cause nationale.

Après la prise de Rome en 1870 (événement connu sous le nom de Porta Pia), le GOI transféra son siège dans la capitale, consolidant sa présence au centre politique du nouveau Royaume d’Italie. Entre 1871 et 1872, les Suprêmes Conseils de Naples et Palerme confluerent dans le Suprême Conseil de Rome, unifiant les structures maçonniques du sud et du centre-nord du pays.

Développement historique et orientation politique

Au cours des dernières décennies du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le Grand Orient d’Italie adopta une orientation nettement radicale et anticléricale. En 1904, Ettore Ferrari, sculpteur et homme politique républicain, fut élu grand maître. Sous sa direction, l’obédience se positionna fermement contre l’influence de l’Église catholique dans la vie publique. En 1908, la proposition de Ferrari de punir les maçons qui n’avaient pas voté la motion Bissolati (relative à l’enseignement religieux) provoqua une scission : un groupe dissident, dirigé par le pasteur protestant Saverio Fera, créa une nouvelle obédience.

La relation avec le fascisme fut complexe. Avant la marche sur Rome de 1922, des maçons éminents, parmi lesquels Edmondo Rossoni et Araldo di Crollalanza, soutinrent le mouvement de Benito Mussolini. Cependant, une fois au pouvoir, le régime fasciste considéra la franc-maçonnerie comme une organisation incompatible avec ses principes. En 1925, Mussolini décréta la suppression de la franc-maçonnerie en Italie, confisquant les biens du GOI et forçant ses membres à la clandestinité. L’obédience resta inactive jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’elle fut restaurée.

Grands maîtres

La liste des grands maîtres du Grand Orient d’Italie reflète l’évolution de l’institution sur deux siècles. Parmi les plus éminents figurent :

  • Eugène de Beauharnais (1805-1814), vice-roi d’Italie pendant la période napoléonienne.
  • Giuseppe Garibaldi (1864), héros du Risorgimento, nommé grand maître honoraire.
  • Adriano Lemmi (1885-1896), banquier et homme politique, qui impulsa l’expansion de l’obédience.
  • Ernesto Nathan (1896-1904), maire de Rome d’origine anglaise.
  • Ettore Ferrari (1904-1917), sculpteur et député républicain.
  • Domizio Torrigiani (1917-1925), dernier grand maître avant la suppression fasciste.
  • Giordano Gamberini (1953-1959), promoteur de la reconstruction après la guerre.
  • Armando Corona (1982-1990), sous le mandat duquel éclata le scandale de la loge Propaganda 2.
  • Gustavo Raffi (1999-2014), qui promut le dialogue avec l’Église catholique.
  • Stefano Bisi (2014-2024), grand maître.

Régularité et reconnaissance internationale

La relation du Grand Orient d’Italie avec la United Grand Lodge of England (UGLE), principale référence de la maçonnerie régulière au niveau mondial, a connu des changements significatifs. En 1972, le GOI obtint la reconnaissance de l’UGLE, ce qui lui permit d’entretenir des relations fraternelles avec la majorité des obédiences régulières du monde. Cependant, en 1993, l’UGLE retira cette reconnaissance en raison d’accusations de corruption et de présumés liens avec la mafia qui affectèrent l’institution.

Après des décennies d’efforts pour recouvrer la régularité, en mars 2023, l’UGLE accepta de reconnaître à nouveau le Grand Orient d’Italie, conjointement avec la Regular Grand Lodge of Italy, rétablissant ainsi son statut au sein de la communauté maçonnique internationale.

Controverses

L’histoire du GOI a été marquée par deux grandes controverses. La première, et la plus connue, est le scandale de la loge Propaganda 2 (P2). Cette loge, qui opérait sous la juridiction du GOI, était dirigée par Licio Gelli, qui la transforma en une organisation secrète avec des ramifications dans le monde politique, financier et militaire italien. En 1974, le Grand Orient révoqua la charte constitutive de la loge P2, mais le scandale éclata en 1981, lorsque fut découverte l’existence d’une liste d’affiliés comprenant de hauts responsables de l’État, des militaires et des entrepreneurs. L’affaire P2 provoqua une crise institutionnelle en Italie et porta gravement atteinte à la réputation de la maçonnerie italienne.

La seconde controverse concerne les accusations de corruption et de liens avec la mafia qui entraînèrent le retrait de la reconnaissance par l’UGLE en 1993. Bien que le GOI ait toujours nié ces accusations, la stigmatisation affecta ses relations internationales pendant trois décennies.

Relations avec l’Église catholique

Historiquement, le Grand Orient d’Italie a maintenu une position de ferme anticléricalisme, en particulier sous la direction d’Ettore Ferrari, qui coïncida avec l’affrontement entre l’État libéral italien et le Saint-Siège après l’unification. Cependant, au cours des dernières décennies, des gestes de rapprochement ont eu lieu. En 2013, le grand maître Gustavo Raffi envoya des salutations au pape François à l’occasion de son élection, un geste interprété comme une tentative de surmonter les tensions séculaires entre la maçonnerie et l’Église catholique.

Sièges

Le siège historique du Grand Orient d’Italie fut le Palais Giustiniani, à Rome, inauguré le 21 avril 1901 et acquis en propriété en 1911. Ce bâtiment abrita l’institution jusqu’en 1985, date à laquelle il fut vendu au Sénat de la République italienne. Depuis lors, le siège du GOI se trouve à la Villa «Il Vascello», sur la colline du Janicule, un bâtiment auparavant utilisé comme hôpital et que l’obédience a adapté à ses fins institutionnelles.

Contexte et signification

Le Grand Orient d’Italie représente, dans le panorama maçonnique international, l’une des obédiences les plus anciennes et ayant le plus d’enracinement historique dans un pays de tradition catholique. Sa trajectoire reflète les tensions entre l’État laïc et l’Église, le rôle de la maçonnerie dans les processus d’unification nationale et les défis de la régularité maçonnique dans un contexte de controverses politiques. Malgré les scandales qui ont éclaboussé son histoire, le GOI continue d’être la principale obédience maçonnique italienne, reconnue par la majorité des juridictions régulières du monde et avec une présence active dans la vie culturelle et sociale du pays.


Sources