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Rite Écossais Ancien et Accepté

Redacción Cámara de Maestro · 12 juillet 2026

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) est un rite maçonnique fondé sur des systèmes d’origine écossaise qui se sont développés en France, principalement dans les loges de Paris et de Bordeaux au milieu du XVIIIe siècle. Il constitue le rite le plus pratiqué dans le monde, et sa structure s’étend des grades symboliques jusqu’au trente-troisième degré, le dernier de son échelle.

Caractéristiques générales

Dans certaines parties du monde et au sein de l’Ordre Maçonnique Mixte International « Le Droit Humain », le REAA est un corps concordant qui supervise tous les grades, du premier au trente-troisième. Dans d’autres régions, il fonctionne comme un corps annexe, avec un Suprême Conseil supervisant les grades du quatrième au trente-troisième. Les trois premiers grades (apprenti, compagnon, maître) sont considérés comme des grades de « Loge Bleue », et non de « Loge Rouge ».

La dénomination du rite peut varier selon les juridictions. En Angleterre et en Australie, on l’appelle parfois « Rose Croix », bien que cela ne soit qu’un de ses grades, et il ne doit pas être confondu avec d’autres sociétés rosicruciennes maçonniques comme la Societas Rosicruciana in Anglia. Les Constitutions anglaise et irlandaise omettent le mot « Scottish » (écossais) dans leur nom officiel.

Origines historiques documentées

Le grade de Maître Écossais

Il existe des archives de loges conférant le grade de « Scots Master » ou « Scotch Master » dès 1733. La première loge enregistrée se trouvait à la taverne Devil, à Temple Bar, Londres. D’autres loges documentées incluent celle de Bath en 1735 et la loge française St. George de l’Observance n° 49, à Covent Garden, en 1736.

Le Chiffre Copiale, daté des années 1740 à 1760, affirme que « le rang de maître écossais est une invention tout à fait nouvelle », ce qui suggère que ces grades supérieurs étaient des développements relativement récents à l’époque.

Estienne Morin

Estienne Morin était un marchand français impliqué dans la maçonnerie des hauts grades à Bordeaux à partir de 1744. En 1747, il fonda une loge « Écossais » au Cap Français, actuelle Haïti. Le 27 août 1761, à Paris, une patente lui fut délivrée, le créant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Nouveau Monde », signée par des officiers de la Grande Loge de Paris. À l’origine, ce document lui donnait autorité uniquement sur les loges symboliques (bleues), et non sur celles des hauts grades. Des copies ultérieures furent probablement embellies par Morin lui-même.

Morin retourna aux Indes occidentales en 1762 ou 1763, s’établissant à Saint-Domingue. En 1770, à Kingston (Jamaïque), il créa un « Grand Chapitre » appelé Grand Conseil de Jamaïque. Il décéda en 1771 et fut enterré à Kingston.

Henry Andrew Francken

Henry Andrew Francken, né Hendrick Andriese Franken, d’origine néerlandaise et naturalisé français, assista Morin dans la diffusion des grades. Morin le nomma Député Grand Inspecteur Général (DGIG). En 1771, il produisit un manuscrit contenant les rituels du quinzième au vingt-cinquième degré. Francken réalisa au moins quatre manuscrits : celui de 1771, un autre de 1783, un de date incertaine (contenant les grades du quatrième au vingt-cinquième, trouvé à Liverpool vers 1984), et un autre avec les grades du quatrième au vingt-quatrième (donné par H. J. Whymper à la Grande Loge de District du Pendjab, redécouvert vers 2010). Il existe également un manuscrit français de 1790 à 1800 contenant les vingt-cinq grades de l’Ordre du Royal Secret.

Structuration du Rite

Le Rite en 25 grades

On a cru à l’existence d’un « Rite de Perfection » de vingt-cinq grades, formé à Paris par un conseil appelé « Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident ». Le titre « Rite de Perfection » apparaît pour la première fois dans la préface des « Grandes Constitutions de 1786 », dont l’autorité est aujourd’hui reconnue comme défectueuse. Actuellement, il est admis que ce rite de vingt-cinq grades fut compilé par Estienne Morin et est plus proprement appelé « Rite du Royal Secret » ou « Rite de Morin ». Il était connu comme « L’Ordre du Prince du Royal Secret » par les fondateurs du REAA, qui le mentionnèrent dans leur « Circulaire aux deux hémisphères » ou « Manifeste » du 4 décembre 1802.

Fondation du Premier Suprême Conseil

Le 31 mai 1801, à Charleston, en Caroline du Sud, fut constitué le Premier Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du XXXIIIe et Dernier Degré du Rite Écossais Ancien et Accepté. De ce premier Suprême Conseil naissent tous les autres Suprêmes Conseils légitimes.

Arrivée en Écosse

Le rite n’est pas né en Écosse ; il n’arriva dans ce pays qu’en 1846. Son ancienneté date de 1786.

Controverses et légendes

Il existe une grande controverse sur le titre et la véritable origine du rite. Les origines mythologiques de la maçonnerie anglaise et universelle relèvent davantage du symbolique que de l’historique. Selon des documents admis par des maçons du REAA, l’origine du rite aurait eu lieu après la première croisade, simultanément en Écosse et en France, tombant en désuétude à partir d’environ 1648. Une telle affirmation n’a jamais pu être démontrée par un document probant.

Les écrivains français Jean-Marie Ragon (1781-1862) et Emmanuel Rebold affirmèrent que les hauts grades furent créés et pratiqués dans la Loge Canongate Kilwinning d’Édimbourg. Cette affirmation a été qualifiée d’entièrement fausse par l’historiographie maçonnique.

Selon des versions non reconnues par des historiens maçonniques tels que Ragon, Joaust, Clavel, Laurens, Findel, Folger Kloss et Marconay, le système complet de trente-trois degrés repose sur des statuts rédigés à Bordeaux en 1762, dérivés d’un document de 1759 des « Princes du Royal Secret ». Le 25 mai 1782, les Constitutions de Bordeaux auraient été confirmées, alors que le rite ne comptait que vingt-cinq grades.

En 1786, le Grand Orient de France révisa les hauts grades en les réduisant à quatre. Les partisans du Rite Écossais, qui souhaitaient trente-trois grades, s’autoproclamèrent « les anciens » et appelèrent « modernes » les partisans du renouveau. À ce moment, l’échelle fut étendue à trente-trois grades et un chapitre souverain fut formé, appelé Suprême Conseil du Trente-Troisième Degré.

Émile Rebold affirme que Frédéric de Prusse fut initié le 15 août 1738 à Brunswick. Marconay écrivit à la Grande Loge des Trois Globes de Berlin, recevant une réponse le 17 août 1733 (date contradictoire avec l’initiation de Frédéric) niant que Frédéric fût le créateur du système. Findel qualifia d’absurdes les documents de Bordeaux. L’origine prussienne du rite est niée.

Contexte et signification

Le Rite Écossais Ancien et Accepté représente l’un des développements les plus complexes et les plus répandus de la maçonnerie spéculative. Son histoire, marquée par la confluence de traditions écossaises, françaises et américaines, reflète l’évolution de la maçonnerie des hauts grades au cours du XVIIIe siècle. Les controverses sur son origine mettent en lumière la tension entre les traditions symboliques que les maçons ont transmises et la recherche historique rigoureuse. Malgré les légendes non démontrées, les faits documentés situent sa formation dans le contexte de l’expansion maçonnique atlantique, avec des figures comme Estienne Morin et Henry Andrew Francken comme agents clés de sa diffusion depuis les Caraïbes jusqu’en Amérique du Nord. La fondation du Premier Suprême Conseil à Charleston en 1801 constitue le jalon fondateur à partir duquel la structure du rite s’organise aujourd’hui.