Rito francés
titre: Rite Français slug: rite-francais categorie: Histoire description: Le Rite Français, rite maçonnique ancien et répandu, héritier direct de la maçonnerie spéculative anglaise du XVIIIe siècle, codifié par le Grand Orient de France. tags: [rite français, maçonnerie, grand orient de france, rituel maçonnique, histoire maçonnique]
Rite Français
Définition
Le Rite Français est un rite maçonnique, l’un des plus anciens et des plus répandus au monde, dominant en France et en Belgique. Il est l’héritier direct et l’un des rituels les mieux conservés de la maçonnerie spéculative telle que la pratiquait la Première Grande Loge de Londres au début du XVIIIe siècle. Il constitue le rite historique du Grand Orient de France, qui compte environ quarante-cinq mille maçons, et est également l’un des rites principaux de la Grande Loge Nationale Française et d’autres obédiences françaises. Sa présence est significative en Amérique du Sud et en Afrique.
Origines et implantation en France
La franc-maçonnerie s’est implantée en France vers 1725, apportée par des émigrants britanniques fuyant des persécutions politiques et religieuses. Ces émigrants, souvent d’origine noble et venant de Londres, apportèrent avec eux le rituel de la Première Grande Loge maçonnique créée en 1717. Il s’agit donc de la traduction en français du rituel dit des « Modernes ».
La première loge documentée fut établie à Paris par des maçons anglais. Selon le témoignage de l’astronome Jérôme de Lalande dans son Mémoire historique sur la Maçonnerie (1777), parmi les fondateurs se trouvaient « Milord Dervent-Waters, le chevalier Maskelyne, d’Heguerty et plusieurs autres Anglais ». Cette loge se réunissait à la taverne de Hurre, un établissement anglais situé rue des Boucheries. En une décennie, la loge attira entre cinq et six cents membres, ce qui conduisit à la création d’autres loges : Goustaud’s, tenue par un lapidaire anglais ; la loge Louis d’Argent ; et la loge Bussy, par la suite renommée loge Aumont lorsque le duc d’Aumont en devint le Maître.
Les premières pratiques maçonniques françaises sont documentées dans un rapport de police de 1737 commandé par René Hérault, Lieutenant Général de Police de Paris. Le rapport, obtenu par surveillance avec la collaboration d’une informatrice connue sous le nom de Mademoiselle Carton, révèle que le rituel maçonnique français primitif suivait de près les pratiques de la Première Grande Loge anglaise.
L’expansion de la maçonnerie rencontra l’opposition des autorités civiles et religieuses. En 1737, une ordonnance de police fut rendue contre les réunions maçonniques, et en 1738, le pape Clément XII promulgua la bulle In Eminenti, qui condamnait l’institution. Malgré ces restrictions, en 1742, il existait vingt-deux loges à Paris et un nombre similaire en province.
Codification et développement (1773-1786)
Le 27 décembre 1773, le Grand Orient de France établit une Commission chargée d’étudier les rituels afin de sauvegarder leur régularité. Entre 1781 et 1786, l’institution entreprit la codification systématique des pratiques rituelles, menée principalement par Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1808), initié en 1774 dans la Loge de l’Amitié de Paris.
La Chambre des Grades fut créée dans le but d’harmoniser les pratiques rituelles en préservant leur « pureté antique ». Les rituels standardisés pour les trois degrés symboliques furent adoptés en juillet et août 1785. En 1784, un groupe de quatre-vingts frères, dont vingt-sept officiers du Grand Orient de France, créa le Grand Chapitre Général du Rite Français. Ce corps fut intégré formellement au Grand Orient le 17 février 1786, par un vote de trente-neuf voix pour contre sept contre. L’intégration établit un système complet de sept degrés : trois degrés symboliques plus quatre Ordres de Sagesse (Élu, Écossais, Chevalier d’Orient et Rose-Croix).
Le travail culmina avec le vote dans les années 1780 et l’impression en 1801 des cahiers des trois degrés symboliques sous le titre de Régulateur du Maçon. Cet ouvrage se caractérise par sa grande fidélité aux rituels originaux divulgués entre 1740 et 1760, et fut dès lors considéré comme le texte de référence pour le Rite Français.
Période révolutionnaire et Premier Empire (1789-1815)
L’activité maçonnique se réduisit pendant la Révolution Française. Néanmoins, le Grand Orient de France reprit ses opérations sous le Consulat et l’Empire, période décrite par certains historiens comme un « âge d’or » pour la maçonnerie française.
Transformations aux XIXe et XXe siècles
Le Rite Français, pratiqué par l’immense majorité des loges de France, subit des modifications sous l’influence du positivisme entre 1860 et 1880. Les versions Murat (1858) et Amiable (1885) réduisirent la présentation des symboles et les remplacèrent par des discours moraux et allégoriques. En 1877, les exigences religieuses furent supprimées, établissant le principe de l’absolue liberté de conscience.
Avant la Seconde Guerre mondiale, le Grand Maître Arthur Groussier impulsa un retour aux sources symboliques. Le texte fixé sous sa direction et adopté entre 1938 et 1955 marque le début d’un retour du symbolisme dans le rituel de référence du Grand Orient de France. Les « restaurateurs » du Rite Français traditionnel le dénommèrent « Rite moderne français rétabli » : « moderne » pour la tradition des « Modernes » ; « français » pour la version implantée en France en 1725 ; « rétabli » car résultant d’un travail de restitution.
En 1970, une édition du Rite Français simplifia considérablement les épreuves et laissa au libre choix des loges l’incorporation d’éléments cérémoniels. C’est le Rite Français de référence pratiqué aujourd’hui par de nombreuses loges du Grand Orient de France.
Structure des degrés
Le Rite Français comporte sept degrés : trois « bleus » ou degrés symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître) et quatre Ordres de Sagesse. Ces Ordres ne sont pas des degrés proprement dits, mais des ordres ou degrés supérieurs, reflétant l’esprit de la Première Grande Loge de n’avoir que trois degrés.
Caractéristiques distinctives
Parmi les particularités rituelles du Rite Français, on distingue le placement des deux Surveillants à l’Ouest et l’usage de trois grands chandeliers dans des positions spécifiques au sein de la loge.
Versions actuelles
Actuellement, il existe diverses versions du Rite Français :
- Rite Régulateur du Maçon : le plus proche du rite primitif des modernes.
- Rite Français Moderne Rétabli : mise à jour du Régulateur du Maçon de 1801.
- Rite Français de Référence : confection rituelle en vigueur.
- Rite Groussier : version du Grand Orient de France.
- Rite Français Philosophique : la version la plus récente.
Présence en Espagne
Le Rite Français est pratiqué par des loges régulières de la Gran Logia de España. De même, il est pratiqué par des loges fédérées au Grand Orient de France à Valence (Loge Blasco Ibáñez), aux Canaries (Loge Luz Atlántica) et dans les Asturies (Loge Rosario de Acuña). Il est également présent dans des loges espagnoles de la Gran Logia Simbólica Española : à Valence (Loge Palmira Luz), à Barcelone (Loge Mediterrània) et à Alicante (Loge Hypatie).
Sources d’étude
Pour l’étude du Rite Français, on distingue comme sources le blog Mandiles Azules, qui propose des traductions autorisées de membres du Grand Orient de France, et le blog RitoFrances.net, édité par le Cercle d’Études du Rite Français « Roëttiers de Montaleau » d’Espagne.
Sources documentaires :